sublimation

Dans VARIATIONS

LA TARTE AUX FRAMBOISES (2)

Le 13/03/2024

Si l'on pouvait forcer la sublimation à loisir, il y aurait beau temps que cette possibilité aurait été employée. On devrait tout d'abord s'efforcer de mieux la comprendre, de comprendre ses manifestations, ses différents effets, et les actes que nous commettons, conduisant à des résultats qui semblent le fruit de la sublimation. Je pose l'hypothèse que, dès lors que ceux-ci sont repérés, le conscient peut entrer en jeu, en décidant de les utiliser pour, en quelque sorte, créer une "aspiration" d'énergie, favoriser sa canalisation vers des objets favorables à la régénération de l'énergie employée. Voyons où cela nous mène.

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J'ignore si tout être possède les qualités psychiques nécessaires à la sublimation, et ici encore, je prendrai comme mesure le "possible" auquel j'ai souvent recours, par allusion à la leçon du Docteur Pangloss à Candide. Comment mettre à profit " du mieux possible" le précieux mécanisme de la sublimation? Telle est la question que je me pose au long de ces lignes... Freud pense que seuls quelques élus y ont pleinement accès. Peut-être pêche-t-il en cela par un certain ostracisme de classe, dû à sa propre condition et à aux observations du milieu qu'il fréquentait. C'est en tout cas ce sur quoi je m'appuie pour conduire un peu plus loin mon exploration. En ramenant la présente réflexion à l'espace de la vie courante de ceux qui ne sont ni des génies de l'art, ni des génies des sciences, on trouve dans la vie de la plupart des êtres, même les plus frustes et apparemment dénués de sensibilité culturelle (la culture étant considérée ici au sens le plus large), des qualités créatives qui pourraient être mises à profit pour amorcer et encourager, voire développer la capacité de sublimation. L'un des aspect qui distingue l'être humain de l'être non humain, soit l'animal (en distinguant arbitrairement l'humain de l'animal, ce qui bien entendu prête à commentaires) est justement sa plus grande créativité. A tout instant l'humain modifie les conditions de sa propre vie, pour en favoriser de plus propices, de plus adéquates. Si la pièce dans laquelle il se trouve est parcourue d'un vent coulis qui lui donne des frissons désagréables, il sait quitter sa tâche pour aller fermer la porte ou la fenêtre afin de modifier les conditions immédiates de son existences, et en créer de plus agréable, donnant une petite satisfaction passagère au principe de plaisir. 

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Je me souviens de mon grand-père, paysan rustique doté d'une immense savoir dans le domaine qui le concernait directement, soit la nature environnante, le climat, le soin des animaux, des plantes du jardin, et le feu de cheminée... le dimanche, après le repas, il s'habillait plus élégamment qu'en semaine, il "s'endimanchait", et coiffait, à la place du béret poussiéreux qui lui couvrait le chef toute la semaine, un béret impeccable d'aspect, pierre de touche de sa tenue pour aller rejoindre ses amis avec lesquels il jouait aux cartes. Cet homme, qui semblait si loin de la moindre préoccupation de séduction, de style, d'image, savait poser les conditions favorables à une bonne pratique de l'amitié, susciter le respect de sa personne en commençant par la respecter lui-même (respect bien ordonné commence etc.). Prendre soin de lui participait du soin qu'il prenait du lien social, du contact avec l'Autre, et de l'estime qu'il portait à la vie. En soignant sa mise, il "créait" des conditions favorables à une après-midi de bonheur amical. Cette "récompense" qu'il s'octroyait chaque semaine était une source d'énergie claire, à laquelle il allait s'abreuver avant de reprendre le rythme exigeant du travail à la ferme, qui ne connaissait ni congés ni repos. La partie du dimanche, c'était son repos, son voyage, son loisir et son ressourcement. Lorsqu'il rentrait le soir, il était heureux, il s'était distrait, il avait joué, râlé, ri aux blagues des copains, écouté le malheur des uns et les joies des autres, quoique les confidences passaient rarement la clôture de la pudeur, chez ces messieurs. En somme, le dimanche, il avait aimé. Il avait aimé ses amis et ses amis l'avaient aimés. Et pourquoi ne dirions-nous pas qu'il avait "sublimé", puisqu'il avait investi son énergie dans un acte de création amical, création d'une tranche de vie, qui lui avait donné de la joie, de l'allant, soit un regain d'énergie. Et si, de la sublimation à l'Amour, il n'y avait qu'un tout petit pas? C'est bien celui que je vais essayer de franchir, si vous voulez bien me suivre...

(Les textes publiés sur psyka.net sont "en cours", en reconsidération, corrections grammaticales et orthographiques permanentes, ils sont vivants. Ils ne se veulent ni des propositions théoriques, ni des productions définitives. Seulement d'humbles spéculations en  ajustement constant, en perpétuel devenir...)

©Olivier Deck 13.III.24